La mode durable du multicloud

Le cloud a changé la façon dont l’informatique et ses outils sont utilisés, tant par les entreprises que les particuliers. Dans mon livre, Cloud privé, hybride et public, nous avons vu comment mettre en œuvre un cloud hybride. Les derniers mois donnent raison aux chantres du cloud multiple, désormais appelé multicloud. La consolidation du secteur et la guerre technico-commerciale entre les grands acteurs ne font qu’accélérer le mouvement.

De nombreuses entreprises ne veulent tout simplement pas (plus) mettre leurs œufs dans le même panier, pour des questions de stratégies, de sécurité ou juste d’offre. Faire le choix d’un prestataire unique est prendre le risque de s’exposer à ses vicissitudes, et de se mettre un boulet à la cheville dont il sera parfois difficile, voire impossible de se défaite.

Le choix d’un outil informatique, comme de tout autre outil à mon avis, ne doit se faire qu’en fonction de critères propres à chaque organisation. L’erreur à ne pas commettre est celle que, malheureusement, j’entends souvent de la facilité d’intégration au sein d’un même éditeur/prestataire. C’est l’argument qu’utilisent les éditeurs de logiciel, comme Microsoft, pour justifier les « bundles » et donc fermer le client dans une solution parfois optimale, souvent suboptimale. Quelles que soient les raisons qui vous poussent vers le multicloud, voici quatre aspects qu’il faudra prendre en compte.

La sécurité

gray steel chain locked on gate

La sécurité est en soi un vaste et complexe sujet : sécurité d’accès, sécurité des communications, sécurité du stockage des données… Je vous invite à parcourir le chapitre 2 de mon livre, Cloud privé, hybride et public, pour faire un point sur la sécurité et ce qui doit être pris en compte.

Tant que votre cloud hybride se contentait de relier votre cloud privé et un cloud public, l’équation était relativement simple. Celle du multicloud n’est pas plus complexe en matière de technicités, elle le devient juste en termes de systèmes et de liens de communication à gérer.

La sécurité commence par la considération qui est faite de la mise en œuvre d’un WAN regroupant cloud privé et clouds publics. Elle continue par la mise en œuvre d’un annuaire unique et d’une stratégie de SSO (single sign-on). Puis, les stratégies d’accès sont mises en place. Enfin, des outils d’audit et de surveillance permettent de faire un point complet de l’ensemble des accès et des communications.

La gestion des données en multicloud

Le RGPD est passé par là et les questions d’accès, de stockage et de sécurité des données sont devenues centrales. Celle de la souveraineté est aussi primordiale, tant le nombre de services a tendance à augmenter, sans que l’on soit pleinement conscient d’où sont stockés et traités les données.

L’établissement d’un cvcle de vie des données et la mise en place de stratégie sont donc cruciaux si l’on souhaite garder le contrôle sur ses propres données et leur circulation dans le cloud, en particulier quand il s’agit de données confidentielles.

Localisation, latence et bande passante

San Marina Bay, Singapore

Un stockage à Dublin, un traitement à Charlotte et une restitution à Singapour, avec des arrêts à Londres, Marseille, New York et Durban. Cela vous semble aberrant ? Pas si vous ne faites pas attention aux emplacements des centres de données et des communications les reliant. Si, sur le principe, la solution fonctionne, la montée en charge peut vite devenir problématique et le débogage en cas de souci un véritable casse-tête.

Au-delà la pure souveraineté des données, dont on abandonne de toute façon des pans en passant dans le cloud, il en va de la vitesse de traitement, vu par l’utilisateur, et de la simplicité de fonctionnement, vu par l’administrateur. Les deux règles qui prévalent sont celles de la proximité et celles de la simplicité. Faites en sorte d’utiliser des grappes de centres de données situés dans un même périmètre géographique et servant les utilisateurs au plus proches. Non que vous ne puissiez utiliser des services très éloignés ponctuellement, mais en gardant simplicité et proximité en tête, vous vous évitez de futures migraines.

Multicloud, Coûts réels et coûts cachés

Avec un prestataire, la facture peut prendre l’ascenseur rapidement, avec plusieurs, c’est un accélérateur de coûts qui vous attend, tout à l’inverse de ce que promettent éditeurs et prestataires. La souplesse, l’élasticité et la résilience ont un coût. La lisibilité de ces coûts n’est pas toujours garantie et chaque prestataire établit ses propres règles commerciales.

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Même au niveau le plus granulaire du IaaS, les offres machines diffèrent, en PaaS et en SaaS, les prestations serverless sont différentes et la gestion du DevOps devient un casse-tête d’un point de vue facturation. Une fois encore, simplicité et supervisions sont les mots clés. L’avantage de quasiment tous les prestataires est leur capacité à fournir en temps quasi réel les ressources utilisées et leurs coûts associés. Cela permet de décider en toute conscience si la solution déployée est économique ou non.

Il conviendra donc de mettre en place dès le début une surveillance des coûts par prestataire, en particulier des échanges de données et des circuits de communications. S’il est difficile d’évaluer le volume de données qui va circuler entre prestataires, il est simple de le surveiller et de pouvoir en extrapoler la valeur. Cela vous évitera la mauvaise surprise de coûts exponentiels. Les petites rivières font les grands fleuves et les prix en centimes se traduisent vite en millier d’euros par semaine.

Le multicloud et vous

Le multicloud est une tendance de fond dans le SI de ce début de siècle. Il ne faut cependant pas succomber aux symptômes de l’enfant dans le magasin de jouets. Ces temples de la consommation que sont devenus les clouds publics sont les grandes surfaces de l’informatique. On y fait ses courses facilement et rapidement, puis on en ressort avec un caddie dont le montant devient vite incontrôlable.

Si ces clouds sont des incontournables, vont continuer à faciliter la vie des services informatiques, tout en accélérant développement et déploiement, il faut les mettre sous coupe rangée quant à leur gestion. Faire son marché, oui, raisonnablement ! Sans précipitation et en évaluant connexions, sécurité, intégration et utilisation. Il en va du multicloud hybride comme d’un cloud privé, la distance en plus.

Photo par Jelleke Vanooteghem, John Salvino, Mike Enerio et Fabian Blank sur Unsplash

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