Le cloud est-il écologique ?

La consommation d’énergie et l’empreinte écologique sont des serpents de mer qui reviennent régulièrement sur le devant de la scène quand on parle du cloud et des technologies nées d’Internet. Il est clair que la dépendance croissance du monde aux technologies numériques augmente sa dépendance électrique et donc énergétique. De plus, l’augmentation de la vitesse de communication augmente aussi la consommation électrique. Un smartphone en 4G ne peut fonctionner que quelques heures aux mieux, là où un GSM des années 90 pouvait rester allumé des jours entiers et offrir plusieurs heures de communication.

Alors, le cloud serait-il aussi horrible que cela quand on parle de consommation énergétique ? Microsoft vient de sortir les résultats de l’empreinte énergétique de ses centres de données. Dans ce rapport, on apprend que le déplacement de 20% de l’informatique des entreprises vers le cloud équivaut à la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’une ville comme Washington ou Turin ! Un centre de données cloud étant plus efficace qu’un centre de données local dans une frange allant de 79% à 93%.

Énergie et cloud, quelques faits

Voici quelques faits avérés pour comprendre le périmètre de la consommation énergétique du cloud.

  1. D’après Greenpeace, les centres de données consomment 2% de l’énergie mondiale.
  2. L’efficacité énergétique des centres de données (le Power Usage Effectiveness) ne cesse de diminuer pour atteindre maintenant les 1,1. Cela signifie qu’il faut 0,1 kilowatt pour produire 1 kilowatt d’énergie informatiquement utile.
  3. D’après la Banque Mondiale, le coût de l’électricité en Afrique est en moyenne le double de celui des normes internationales, en raison de la part prépondérante du thermique pétrolier, de la faiblesse de l’utilisation des capacités hydrauliques et de la présence de groupes électrogènes diesel.
  4. Les grands acteurs sont engagés dans l’utilisation d’énergies renouvelables, ayant tous un plan de marche pour arriver à 100% de renouvelable d’ici 2020.
  5. D’après une étude d’Accenture et WSP Energy, une entreprise diminue son empreinte carbone de 30%, en moyenne, en bougeant de services informatiques locaux aux services cloud, et jusqu’à 90% dans le cas de PME.
  6. La température et l’humidité tolérables à l’intérieur des serveurs a augmenté au cours des années pour diminuer les besoins en conditionnement d’air.

En lisant le rapport de Microsoft, on appréhende mieux la réalité de la consommation énergétique du cloud.

Énergie et opérations

Cependant, avec des coûts électriques qui peuvent s’avérer très élevés, le cloud est une alternative qui peut devenir très économiques d’un simple point de vue « électrique ». Considérons un petit centre de données, composé d’une dizaine de serveurs et de quelques téraoctets de stockages. Outre les besoins en onduleurs et possiblement en générateur, il va consommer environ neuf mille kilowatt heure (cent watts par heure et par machine que l’on laisse fonctionner vingt-quatre heures sur vingt-quatre), soit un peu plus de deux mille dollars d’électricité auxquels il convient d’ajouter tout autant pour lumière et climatisation. Le PUE d’un centre de donnée local est en effet estimé à 2 !

Comme on le voit dans le calcul précédent, en trois ou quatre ans, nous allons dépenser plus d’électricité pour faire tourner notre centre de données que l’investissement initial en serveur. Et ce n’est qu’une estimation basse, car si, comme au Nigéria par exemple, ce centre de donnée est exclusivement alimenté par un générateur diesel, on va pouvoir multiplier ces coûts par deux, voire trois.

Arrêtons-nous quelques instants sur ces considérations électriques. D’un point de vue purement économique et écologique, maintenir un centre de données local n’a aucune logique. Cependant, et c’est là que le bât blesse, les coûts électriques et d’utilisation des locaux font partie des frais généraux que la comptabilité refacture rarement en interne. Ainsi, la direction informatique, généralement responsable de l’exploitation du centre de données, ne voit pas ces coûts apparaitre dans son budget. Ce n’est donc pas un sujet de discussion. Fermez le ban !

Normes énergétiques

Le fameux coût total de possession, le respect de la norme ISO 14001 ainsi que les pressions environnementales des pouvoirs publics sont sérieusement à prendre en compte. Encore faut-il en discuter au-delà des murs de la direction informatique : les directions financière et juridiques sont à impliquer.

Au risque de déplaire aux directeurs informatiques, l’empreinte électrique, environnementale et réglementaire d’un centre de données local doit être prise en compte et quantifiée. Cela permet de déterminer objectivement si le maintien local du centre de données fait sens. Le but avoué n’est pas d’ôter du pouvoir à la direction informatique, mais bien de lui redonner du contrôle sur sa destinée.

Alors, le cloud est-il écolo ? Si la controverse va continuer d’abreuver la blogosphère et les débats entre pro et anti faire couler beaucoup d’encre, on ne peut que constater une tendance de fond vers le renouvelable, la conception écologique et la prise en compte de l’empreinte écologique. La prise en conscience de la consommation électrique du cloud et des centres de données en général a fait évoluer les technologies employées. De l’alimentation en courant continu 48 volts à la conception des serveurs pour en minimiser la consommation et en favoriser le recyclage ; de l’utilisation de la circulation d’air pour refroidir les machines à l’utilisation de la chaleur dégagée pour chauffer des bâtiments publics ; de la généralisation de la virtualisation à l’adhérence aux normes et standards, les acteurs du cloud accélèrent le mouvement pour rendre leur centre de données le plus « green » possible.

Conclusion

Certes, on peut trouver que cela ne va pas assez vite. Certes le recours au charbon ou au pétrole pour alimenter en électricité les centres de données est encore prévalent. Et certes la transparence n’est pas toujours totale, mais force est de constater que tous les grands acteurs sont à pied d’œuvre pour diminuer leur empreinte carbone et rendre leurs centres de données totalement « renouvelables ». En voici quelques-uns :

Vous pourrez trouver de nombreux autres exemples en ligne. Le point important à noter ici est que le mouvement est bien enclenché et que rien ne semble vraiment pouvoir l’arrêter. Alors, si les questions environnementales vous préoccupent ou si vous souhaiter préempter une législation « verte », le cloud est un moyen de verdir votre infrastructure informatique. Regardez du côté de la norme ISO 14001 et mettez en place un comité de pilotage pour y adhérer.

Plus d’information dans mon livre Cloud Hybride, Public et Privé.

Photo par Jason Blackeye sur Unsplash

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